Naître à soi

Tu peux ouvrir les yeux 

tout doucement

Les murs invisibles

Sont détruits maintenant

Comme la fleur 

au milieu des champs

Tu auras tout le temps

Pour renaître

Puisque le vent t’as déposé ici

Dans les bras doux et épris

D’un arbre fruitier

Où il fait bon d’y être

Il parait que la beauté

S’est ouverte en bouton

Pour être un peu sonnée

A suivre la moisson

=

L’eau du lac est devenue

La vapeur

Pour entrer en fumée

Et le ciel accueille

toutes les nuances

Du feu consumé

​=

Les nuages sont des tâches

Grisées ou tenaces

Comme pour habiller

Les montagnes

Erigées en terres houleuses

Je glisse sur la poudreuse

Pour devenir

ta seule direction

Les oiseaux

cherchent les restes

De nourritures célestes

Ici c’est le Tao

=

Noyé, dans les flots marécages

Il y a des sirènes en transparences

Et j’ai entendu leurs chants

Devenir des cris

Tels ceux des harpies

Pour naître et être

Tout le bestiaire

Des animaux venus

Du centre de la terre

Ils sont de lieux

Sans aucune limites

La joie ou la tristesse

Les émotions

Je les imites

Et je lévite

Si je m’évite

A devenir désordre

=

Réfugiés sentimentaux

Envahis

de leurs grands manteaux

Ils sont arrivés à l’aube

Comme pour enlacer le soleil

Emotions naufrages

Les naufragés vers les rivages

Ont accosté ce matin

Le port d’attache

N’est plus en liens

Il n’y a plus de quais

l’amour se défait

puis l’amour renaît

Le temps file

Mais j’ai cessé

De le penser

Je descendrai du Paradis

En ange blanc ou noir

Et mes aléas de teintes

Sont à défaire les contraintes

La vie en toile déchirée

ou peinte

Puis les anciens volcans

Qui brûlaient en arrière plan

Sont en silence

Sur eux je danse

Soleil se couche

Un peu lassé

Les nuages et le vent

Sans secousse

L’emmènent ailleurs

Là où la tiédeur

Ne brûle plus

Ni ne chauffe plus

Et il pourra s’évanouir

Ou seulement s’étourdir

Dans les hauteurs

Sur sa vie

Prendre de la hauteur

C’est en immense

lenteur

La foudre est partie

Pour ne devenir

Qu’un zeste de lumière

Et c’est dans une prière

Pour nous rencontrer

Puisque la vie de toi

m’a enlevé

Arraché

Retiré à ton coeur

Pour ne plus sentir le mien

Je m’éteins et je me retiens

Et j’ai acquis cette habitude

De laisser à l’abri

De quelques ennemis

En latitude

Mes maux cachés

Nés de mots sacrés

Que je n’ai pu te chanter​

J’ai appris à aimer

ou même adorer

Dans le silence gelé

De l’éternité

=

La nature grise

Ou houleuse

En branches noueuses

Là où j’ai pris la tangente

Pour les terres Atlantes

Je m’éternise ou vogue

Sur les nuages

Et dans les coups

du dit tonnerre

Pour quelques éclairs

Restés un peu perçants

Comme des toiles persanes

J’ai dans mon tablier afghan

des herbes à tisanes

Je me suis envolée

Un peu fugace

En sorcière de glace

Valser dans l’espace

La nuit sur moi s’abat

En cérémonie Sabbat

La pluie est sur mes épaules

Telle la brume voilée qui frôle

C’est un manteau

Tissé en vagues d’eau

=

L’air est gelé

Tel un sentier du Nord

J’aspire comme si respirer

C’est à manger la fumée

de ton souffle

J’avance

je m’essouffle

Eclipse solaire

ou bien lunaire

On ne voit plus vraiment

Tous les versants de la terre

Le coeur en mode passoire

Sèches tes larmes

à coups de mouchoirs

Jetables.

=

Ville en vieille Romaine

Creusée

Terres Etrusques foulées

La corne de mes pieds

est usée

Et j’ai marché

tellement de temps

à te chercher dans tous les vents

Pour te découvrir au creux

Des océans jersey

Azurés et veloutés

de l’Afrique chaude

A force de te voir

Les pupilles de mes yeux

Ont pris feu

La vie sans toi est voilée

En roses anciennes

C’est fané et dans le jardin

Je longe les sentiers chagrins

Le sable est sur ma peau

En paillettes

Et toi en mirage statuette

Tel le sphinx Egypte

Je viens en peine simple

Pour te dire ces mots simples

Nés en silences discrets

Qui viennent comme un secret

S’adapter à ton absence

Tes sourires lorsqu’ils s’élancent

Pour devenir d’autres contours

de ton visage

Tu peux même pleurer

Tu peux te ruiner de sanglots

Faire vibrer la rage en torrents

Etre un désastre du présent

Tu peux tenter de me convaincre

Que tu n’es rien qu’une misère

Qu’un pauvre fou

Qu’un ancien soldat

Qui serait oublié ou pire

Mort

au combat

Tu peux me glisser la nuit

Dans des rêves surgis

A tremper les draps de velours

Tu peux me dire au combien l’amour

C’est une antiquité !

Bon pour les grands flâneurs !

Les baroudeurs, les amateurs

Les âmes qui se leurrent

Ou s’abiment un peu

Tu peux me dire si tu veux​

ce que tu veux

 Je t’inventerai de nouvelles

lettres

D’autres strophes

Je viendrai vers toi en hurlant

mes apostrophes !

Pour devenir des sons

Juste des essences

des odeurs

ou l’invisible

Bouche sépia

Sur la larme

qui dévale ta joue

je t’en ferai des bijoux

A force de pleurer

Tu seras de diamants

en pleurs bleutés

habillé

=

Le roseau ne plie pas

Il ne s’abime pas

Il n’est plus en fêlures

Plus en blessures

Le roseau

ou le bambou

Sont des invincibles

A regarder passer le ciel

De leurs racines fines

Qui s’accrochent

Ou juste s’agrippent

Et si d’une entorse 

ils se courbent

La nature prend le temps

De les cicatriser

Et la pluie passe

Et la foudre assombrit tout

Et les dieux s’enflamment

Et les oiseaux sont le bruit

Et les arbres

sont les ombres

Mais le roseau

Ne plie pas

Il est telle l’émotion

Qui ne pleure plus

Elle respire

C’est une émotion

qui vibre si haut

Qu’elle se suffit

de simples mots

Et ne veut plus entendre

Des cris ou se méprendre

Elle se dit qu’elle voudrait

Dans un élan sincère et tendre

Avec le roseau

Etre

un couple nouveau

=