Fantôme

FANTOME

Le temps est en arrêt
Comme en grande pause

Si tu te laisses faire par le silence
J’ai mis ton coeur en prose

C’est un poème d’un être blanc

De fantôme

Le drap s’est enlevé dans le vent
Il ne reste que l’invisible
A force de suivre les saisons
Toi aussi, tu as fané
Tes cils sont comme les feuilles
Tous au sol tombés
Et les yeux pour toujours ouverts
A disperser un peu de ta colère
La pupille est devenue le relief

Lorsque tu regardes, on ne voit plus
Ni les émotions 
Ni les espaces parcourus
Le jour passe et la nuit venue
Tu ne dors plus

C’est une vie de fantôme

Mort 

Mais pas encore d’accord
A cette nouvelle réalité

Pourtant il est l’heure
C’est presque déjà trop tard
Il est des vies à laisser derrière Soi
Des autres routes à visiter
Pourtant c’est ton heure
C’est presque déjà trop tard
A ton poignet la montre est en pause
Et la pile ne sera plus jamais
Changée
C’est une vie de fantôme
Derrière toi il n’y a plus d’ombre
Le soleil ne se reflète plus sur ta peau
 

Tu ne bronzeras plus

Tu ne respireras plus

Tu pleureras plus
 

Te souviens tu les dernières fois?
Pour quelques instants
Lorsqu’il y avait près de toi
Un être doux et aimant
 
Te souviens tu les derniers jours?
Ceux où tu as négligemment fait l’amour
Ceux où tu as crié au lieu de dire
Où tu as préféré te taire, ne pas la choisir
 
C’est ta vie de fantôme

Tu tentes de faire un bruit, de laisser une trace
Mais la vie s’est avec toi endormie
Rien ne bouge, là où tu passes
Tout est blanc, il n’y a plus de noir
C’est comme avant mais tu n’avais juste
Pas vu

Maintenant tes souvenirs prennent la poussière
Tu voudrais passer un doigt sur la sale soupière
Mais rien ne tremble
Et tu crois être encore un peu vivant 
Ou bien il te semble !

*

ESPRIT

La maison prend la poussière
Et le drap du fantôme aussi
C’est devenu un peu austère
On entend simplement
Sécher la pluie

Siffler le vent

Il passe dans un mouvement
Faire bouger le tissu blanc, en plis
C’est donc aussi de tons gris

Les étoiles dansent pour le chaos
Le ciel faussement en désordre
C’est bien rangé, la beauté
Cosmique

Les jours passent
Et recommencent


Et le fantôme s’agace
Du matin au soir
La mort il y pense

Devenir un esprit…
Il manque d’enthousiasme!
De courage ou de repli
Sur soi, en carapace

Lorsque personne ne passe
Qu’il est seul, vraiment
Que son seul souffle froid
Pousse l’air
Il fait de la musique avec rien
Ce qui lui passe sous la main

A défaut de taper les casseroles
Ou les chaises de bois
Il crie en langue folle
Des chants d’effrois

Et ça semble comme les arbres
Lorsqu’ils bougent
Comme les fleurs lorsqu’elles naissent
Comme les enfants lorsqu’ils rient

C’est la musique de la vie

*

AUBES

Le fantôme regarde le jour 
Se lever
Le soleil lui semble loin et en retrait
La lune s’en va, toujours étrangère

Il ne se sent proche de nulle chose
Peut être des nuages
De la buée sur les carreaux
De la moite chaleur que la nuit laisse

Lorsque les êtres dorment et respirent

Les oiseaux parlent des langues voyageuses
Et les araignées font des toiles délicates
Tout est si précis dans la nature

Il se dit, dans un élan soudain
Qu’il fut bien idiot ou même gamin
D’avoir attendu d’en être rendu à rien
Pour se laisser apprivoiser par le jardin

Avec un peu de recul
Assis en transparence sur le siège à bascule
Le fantôme désespère
Il ne veut pas partir 
Se dit qu’il fut bien tête en l’air
De ne pas voir les évidences 

 « Où étais-je donc ? » Il pense…


Et ses idées deviennent des bulles
On ne voit qu’une masse qui fume
Qui s’élève du salon sans bruit

Si l’on écoute c’est presque sans vie

C’est telle la rosée qui mouille
Sans jamais l’herbe, la noyer
C’est aussi minutieux et fin que les aubes
Egalement lent à venir mais franc 
Une fois installée, la matinée ne recule plus
Elle vient en ruisseaux pour finir en cascades

« Faut-il vraiment que je m’en aille? »

*

TANGO

Tango jazz

Un air latino

Passe sur le fantôme
Venu des pays chauds

Tango valse
C’est comme sa dernière
Danse
Et la terre tangue, tel un voilier
Ça va et ça remue en grandes marées

Tango soûl
Touche de rhum ambré, 
sucre roux
Et ça choque les voiles, 
d’un peu partout
Ça fait déborder le cœur,
à grands flots
Tango pas droit
C’est invisible,
mais c’est maladroit
Un dernier mal de mer, 
un dernier cri 
Un dernier trip solitaire

Océanique

La terre bouge 
Comme les vagues
Avalent le sable
Mais personne ne voit
Fantôme nausée
Alcool fermenté en son âme
Image de vague à l’âme 

Fond de cale, eau croupie
Fantôme un peu abasourdi

Rhum ambré,
Sucre roux et adoucir 
La mort et ses baisés

Esprit d’argent
Fantôme lunaire

Dont les états d’esprit
Ou pensées solaires
Sont des vapeurs de poésies
Restées amères
Comme retenues en sursis
Quelque part ailleurs

Prison sur terre, ronde
Comme les quatre coins du monde
Prison voilée et beige ou blanche

Mais sous le drapé,
fantôme

Se déhanche


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