Aux marins qui passent des caps
Sans broncher
Qui hissent des voiles sur les mâts
Dans un souffle étiré
Aux marins qui s’agenouillent sur les ponts
Qui voient leurs peaux devenir rugueuses ou rêches
L’eau coule, du front au menton
Sueur dessinant les profils, au soleil sèche
Aux narines des navigateurs,
lorsqu’elles sentent l’air
Qu’elles savent à toutes heures,
les humeurs de la mer
Aux équipages lumières, dont les vestes abîmées
Créés de la matière et des couleurs, à admirer
Aux ombres que vous laissez, sur les amarres et les proues
Que la barre soit de bois allongé, ou même barre à roue
À vos sourires béats, dont les dents sont grandes et larges
À vos yeux plissés et tous bleus,
comme accordés avec les vagues
Avec les marées
Avec nos airs vagues et fatigués
Lorsque le vent cogne, lorsque la mer monte
Lorsque la coque s’étonne, de la vitesse qui gronde
Aux mains usées, dont les paumes viennent à saigner
Aux pieds fissurés, là où le sel s’est infiltré
Dans les souliers
Les bottes ! Des Botalos, des vêtements breloques !
Aux bonnets rouges, aux casquettes volantes
Aux lunettes noires, aux écharpes traînantes
Aux bords, que l’ont vire sans prévenir
Qui nous rassemblent, comme un accord
Sur la manœuvre à suivre
Aux arrivées, mouillées, en béatitude
Aux ports que l’on retrouve, dans une certitude
Le courant prend les voiliers
Ramène vers la terre
Il vient dans un sursaut, tel un esprit nous murmurer
Les contes des Amoureux de la Mer
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