*
La marée monte, et les bouts s’étirent
Tel un muscle qui se tend puis se tire
Le bateau est un corps
Il vit les vagues et les vents
Comme si c’était des sentiments
Le souffle de l’air est glacial
Et personne ne nous entend
Le bateau tangue et se décale
Pour retrouver un peu d’élan
La terre est loin, comme perdue à jamais
Et les sables ont blessé la peau
La mer, dans un silence se soumet
Berce le bateau
C’est le ciel qui fait secouer les os
Ceux qui sont fait de cordes sur le toit
De loin on pense aux ailes d’un oiseau
Mais ce n’est que les mats de bois
La pluie s’invite dans le cockpit
Pour faire monter les crues
Le sel se noie et se mélange
A l’eau douce d’un nuage dévêtu
La peau rougit et me démange
Je ferme les yeux
Aveugle tout est noir et plein de foudres
Le décor semble un trou noir à recoudre
Et le sol est devenu le ciel
Et le ciel s’est confondu avec l’eau
Sur la rivière passe une barque,
un petit bateau
« Où suis-je? »
Traversée des grands Mondes
Il n’y a pas âme qui vive
Ici, la terre n’est pas ronde
« Ici la terre est gercée »
Comme une peau vieillie
La mer est toute apaisée
Dans un silence,
elle reprend vie
L’écume se jette sur les vitres
Et le sel graisse les hublots
Je m’écris « Viens, rentre vite! »
Te mettre à l’abri, au chaud
Les frissons font grelotter
Les habits tous mouillés
Les verres sont embués
Et je souffle le chaud,
pour éteindre le froid
Le bateau glisse sur l’eau
Pour prendre soin de moi
Lorsque la tempête nous assaille
Pour dire la vie en représailles
Sous une voile repliée, épargnée
Je me suis secrètement abritée
Les nuages ont pleuré
*
