Vieux

Puisque le monde est furieux
Je, refuserai d’être vieux
Chaque année qui avance je ferai un mile de plus
De si grands pas de géants que la terre sera dissolue
A ceux qui voudraient me suivre, comme vous êtes têtus !
Vous n’aurez de moi que mes frêles empreintes
Mon âme est âgée, mais mon corps jamais ne s’esquinte
Si parfois d’une toux je suis pris, d’une quinte
C’est que le monde me semble fou de compter en complainte
D’un âge qui vous habite tel un manteau !
Attacher à une année un si long fardeau
Qu’à la date attendue, l’être prend une ride
Mais voilà que sur les joues, s’installe le vide !

Puisque le monde est furieux,
de mes rides je ferai des aveux
Je raconterai mes histoires marquantes
Celles qui ont touché l’ère adolescente
Je dessinerai un soleil infini
Entourant les yeux des traces de vie
Le front se targuera d’être tatoué
Il criera ! Comme il fut surpris d’exister
Et les mains aux paumes délicates ou froissées
Me rappelleront la dentelle d’un amour d’été
Les tâches perlées à mes poignets offriront des bracelets
Sur les hanches,

la chaire embrassera les reins
Le reflet, toujours, me rappelle que l’on reste gamin


Comme le temps s’allonge ou se réduit


Cela dépend des orages, du vent ou de la pluie


Certains jours je suis léger, comme venu d’ailleurs
D’autres soirs apeuré, j’ai le teint qui se meurt
Alourdi par une épine, celle du temps menti
La fine aiguille des années que l’on maudit
Je m’assoupis sur une étoffe de tissu étranger
J’imagine la chaleur des dunes d’Alger
En mirage une oasis se dresse, sauveuse !
Je m’éveille, c’est elle, ma grande dormeuse !
Il me semble me souvenir t’avoir déjà rencontrée
Mais une brume me prend et efface la vie
Avec le temps, je songe avoir perdu les noms
Ils me reviennent puis s’échappent en un pâle frisson

Mon amour, ma mémoire,
te demande Pardon