Violence

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La violence a arraché mon coeur.
Il est des violences qui ne se rencontrent qu’après coup, lorsque l’esprit est au repos, le corps apaisé. Il est des violences qui nous font perdre la mémoire, oublier les sens, remettre à plus tard.
Il y a des violences que l’on peine à admettre, qui nous dépouillent de toute rage possible, de toute colère. Des violences qui s’absentent pour mieux revenir, en déferlante de vagues salées et froides.

Il y a des violences que l’on ne peut juger, tant elles nous submergent et nous anesthésient.
J’ai rencontré tant de violences que je ne peux m’empêcher de les classer. La violence n’est pas seulement un acte ou un éclat soudain, la violence est aussi lente et sourde, amnésique et chronique. La violence peut devenir un état. Un autre nous qui nous assaille et  nous condamne à l’ombre de soi. La violence peut devenir un allié, qui nous stérilise de toute bribe lumineuse de vie. Elle a le don de pétrir l’esprit, terrassant le coeur pour mieux réduire l’ego en miettes.
La violence a arraché mon coeur, elle en a fait des parcelles de moi. Elle s’est inscrite en toile de fond, prenant la première place de mon être.

L’enfant est parti et c’est une violence déchirante, créant une infinie déchirure. Un gouffre sans halo, où j’ai vécu plusieurs mois.
Il y a des violences qui réduisent au néant toutes les autres, fissurant notre résistance et broyant nos derniers remparts. Le monde intime est en ruines, le sol sali de nos traces aliénées, le regard ahuri cherchant partout la boussole.
Des violences courtes pour des effets longues durées, ou des violences sourdes pour mieux se résigner à insister.

Des violences qui deviennent des merveilles.
Certains cadeaux sont cachés, ils ne demandent qu’à être imaginés. La violence peut devenir un monde nouveau, un état d’être inconnu qui n’a ni forme, ni son. Tout ce que l’on est, est à reconstruire. Après les pardons, il faut laisser mourir la dernière partie de soi, celle qui vivait avant. Celle à laquelle on s’est accroché des jours durant, alors que la violence frappait notre vie.

La violence n’exclut rien : En ce sens, elle est ouverte à tout. A la fois sidérante de douleur, la violence devient aussi un puits inaltérable de paix. Certaines violences rendent futiles les autres, celles que l’on a rencontré au passé. On se tourne vers l’évidence, là où l’on peut se raccrocher et continuer de combattre, se suffisant de respirer. On rencontre le quotidien avec acharnement et intemporalité, cherchant à chaque seconde un essentiel auquel se retenir.
La violence est extrême, elle est aussi diffuse et subtile. Elle porte la densité de tous les mondes réunis, le sacré trouve racine sur la terre, la nature s’allonge à l’infini.

La violence a arraché mon coeur, comme si il n’avait jamais existé. Un vide s’est mis à battre au centre de mon corps et mes larmes ont tout nettoyé d’eau.
Une âme m’a demandé de partir, refusant que je sois l’univers de son existence. J’ai essayé de retenir, un peu, mais la violence m’a appris la résilience et l’humilité.
Certains instants de vie nous rendent plus sages. On s’éloigne de nos craintes qui trahissent les sentiments, on écoute au lieu d’agir. Il est des violences qui font l’éloge de la lenteur, qui murmurent le repos.
Certains jours on pleure, d’autres on se surprend à rire.
La violence nous apprend à savourer les moments de halte. Puisque le monde autour de moi s’est évanoui, laissant le jardin décider de sa fleuraison, j’ai rencontré le silence.

Le coeur s’est désintégré, semant tout au long de son périple, des éclats de moi devenus des bourgeons.
Le silence qui a pris la place du coeur durant des mois, a dompté mon âme pour mieux l’accompagner.
Après le vide et le frémissement, s’est installé le tout.

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