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Tiraillé par un mal qui me ronge
Le corps noirci, la peau qui le démange
Les enfants me répètent « il faut que tu manges »
Par la fenêtre,
je vois s’enfuir la vie
Je sais il est l’heure,
déjà le chat témoigne le passage
Un fantôme ondulant le paysage
Mon ainée chuchote qu’elle sent venir la fin
Croyant, que presque mort,
je n’entende quasiment rien
Le souffle court, s’épuise à petit pas
Ces espaces endoloris que je marche péniblement
De la chambre au sofa, où gisent les tourments
Le miroir me chahute à chaque rencontre
Je croise un reflet qui parfois me fait honte
Tiraillé par un mal qui me gronde
J’essaie de venir à bout de ma ronde
J’aimerais qu’elle m’emporte, mais déjà elle s’en va
La lune me surveille, le soleil ne vient pas
Tous ils se taisent, ils attendent que je dorme
Ce qui me reste de vie semble être celle d’un enfant
Cloisonné dans une chambre où le lit devenu grand
Le corps si petit, le geste adolescent
Ma fille me supplie de lui dire que je pars
Je semble isolé en un orgueilleux rempart
Refusant d’admettre ce qui se dresse devant moi
Éloignant de mon être, celle que l’on voudrait garder pour soi
Aux portes du chaos que j’ai si souvent moqué
Le dos voûté d’un fardeau que je cesse de porter
Le soleil s’est levé,
la lune est remplacée.
*
*
A mon père
