Souffles

Il tousse au rythme des mâts, bougent à marée haute. A briser le temps d’un cri, passant au vent rafales.
Il s’éteint, un rêve chasseur de Saints, domptant la nuit en faux héros.

Au dernier souffle, il défait les lianes d’une vie qui le dérobe. Un monde qu’il avait pensé fou.
Mendiant d’espoirs, à sang le saoul, en noire compagnie. Echoué à la boue qu’il patauge en vagues, défiant le soleil, criant à cesser de brûler.

Souffle

Il étouffe, manque d’oxygène, doigts qui tremblent la vallée de peau.
Etourdi à l’acide du manque, sauvage déception de vivre, allonge un bras ailé. Oiseau, racaille de nuit, attaché au nuage qui le trempe.

Râle colère, s’échappe. Volage gorge qui grogne le doute. Il cri au son, au visage qui s’efface, à la paupière aveugle.
Happer la vie, à résider sur la terre encore une nuit.

Il n’aura que le silence désertique, l’absence de l’ombre elle-même, la véracité du dépeuplement des mots.

*

Les vagues


J’ai construit un radeau

Un bateau

J’ai aménagé des lattes ensemble

Pour créer une barque

Qui nous assemble

​​

J’ai joué du tambour

Sur ton corps

Lorsqu’on disait l’amour

Et j’ai construit un navire

Un moyen de voguer 

vers l’avenir

Au chaud contre la peau

Ton visage

J’ai construit chaque jour

Avec un peu plus d’amour

Une maison sur l’eau

J’ai même accosté des animaux

Pour créer à ton image

Un nouveau paysage

Quelques marches à traverser

Au début de l’eau 

où tu as pieds

Quelques passés à oublier

D’un coup de baiser magique

Elle efface ma tristesse 

En notes de musique

Flamme

L’autre est un étranger, ombre se déplie aux corbeaux.
La cendre, en fumée a remplacé le souffle, elle le mange. Il est furie au bétail, carcasse de faim, illusion festin d’hiver.

Foudre où glace se fond à la superbe du roi oublié.

Aux ongles déchirants la terre, il prend peur, bile l’eau qu’il crache d’un sanglot.
Affamé à l’étoile qui le séquestre, il émancipe le coeur qui l’étouffe. Sursaut, à enlacer l’amour possession.
Corps.   Gercé d’un âge trouble, blessé au monde guerrier.

Il prend place, mimant l’estrade qui le soulève d’un jour.

*

Sahara

Il empiète sur le monde, pas noyés aux sables. Sahara grogne, murmure, se dérobe à la raison.
Chevaux de vents secouent la terre, une fleur au halo du soleil se cabre.

Et il court, s’épuise au chapelet des îlots mirages.
L’eau vient à manquer.
Gorge se serre sur un palais de dents fossiles, il souffle la terre d’une toux de cris.

Au grand Ra soulevant la vie d’une main, il s’abandonne et contourne le corps assoiffé.

Jo

Éreinté de rêver la terre ou la pluie, il s’immole. Songe à l’absolu, monde, le désert se boit.
Sable lumière où s’effondrent les planètes. Il patiente.

Attendri d’observer l’infini, terrassé d’une pénitence qui s’interroge, il dévale les sentiers du froid.
Alpiniste aux silences, les roches déchirent la glace où les veines s’assèchent de sang.
Cœur, à grimacer un battement, horizon qui s’étire en jardin de ronces. Taillé jusqu’à l’os, moelle se délivre d’un étau de chaire, l’orage se déploie.

Il est éclair dans le grand vide.

*

Ondes

Il est, hors du temps, laissé à l’absence du trouble.

Une aiguille brise l’heure qu’elle déchire en supplices.

Oiseaux de pluie tissent le ciel d’ondes souvenirs, il écoute la mer qui s’éloigne. Assis en pénombre des jours, voyageur des vols auréoles, il se retire. Une larme brûle la fossette d’âge.

Au chevet de l’amour qui pagaie la rive, agripper les voiles qui dansent l’océan, il rêve à ciel ouvert.
Un râle s’accroche aux illusions du doute, âme qui roule l’agonie, sur l’horizon écailles.
Un frisson éveille la mémoire de vie, silence qui s’essouffle au soleil voleur de cris.

A patienter la solitude.

*

00h40

Il a tenté un cri, échos sourds aux étoiles chutent. Renverse à terre, assaut d’un élan secours.

Mais la nuit est absente.

Dos courbé de nerfs qui tirent guitare, cordes de corps gravées de rouille, accords pétris d’ongles cassés.

Le vent frappe le temps, maudit au peuplier, dans la fenêtre paysage.

Refusant l’offrande d’un morceau, musique de cendres à la volée, oiseaux d’été qui se dérobent.

Il a tenté un cri, ciel qui s’ouvre en vaisseau de fin, propulsé vers un monde aveugle aux Hommes.

Un piano s’impatiente, alité d’ennui, pâle de souhaiter la vie.