Pluie

Il a déchiré le ciel d’un cri, sel qui s’arrache en peau de suie, rageant la mer qui se débat.

Il a pleuré la terre qui a trahi.    

La solitude d’être un enfant de pluie.

Il crie la mer et la mer l’emporte, une vague efface la terre, « qu’importe! ». Un cil sauvage frappe le ciel aveugle, les joues salées en peines d’eau.

Rêves incendies, à saigner le bleu des oasis, à cracher le feu des alizés.

Il voulait garder la mer qu’il sait devoir quitter.

Il dévore les entrailles du monde, des bleus auréoles la chaire en routes du pacifique. Il cherche les nuages qui lui ressemblent, visages blancs parés de cendres, pleurant la ronde des albatros.

*

La série poétique « Dernier souffle » ICI

Zestes


Elle a pleuré une vie qui ne garde que les dents, un sourire aphonie, elle qui songeait avoir compté.

Les rires autres, ils passent, elle ne peut attraper la scène qui se lamente, pieuses chaises à déserter.

Elle songeait avoir compté.

Des zestes de jour grimpent les estrades, déjà s’émiettent. Fils hirsutes du balai saignent le sol en traits d’habitudes, le soleil ne connait plus l’adresse.

Carcasse de peau abandonnée d’un ciel qui se tord de pluie, mais l’orage est un dieu qui rejette au charbon.

Azalées trébuchent du vase, acclament l’eau qui d’un nuage s’éloigne à l’humide sécheresse. Jupon de paille désire la jambe, se débat d’une valse talons. Prie, l’idole qui contemple, s’effaçant à la foi qui la ronge.

Un oeil passe, déchire un dessous d’une pièce voleuse de temps.

Empreintes absentes, brûlées aux corps étrangleurs de vie, courbe de rage se cogne aux assauts d’un instant.

Salive acre à se noyer le souffle, épousant l’amour appelé folie.

*

Brèche

Chaque jour est une brèche, le temps ne lui appartient plus.
Alité sur l’ardoise de ses dettes, à tenter la fissure, brisant l’aube qui se moque.

Reflet en vitre polie par les sables, arrachant le profil qui se tord en tâches, grimaçant la plage étouffée par la mer.


Vague qui patiente le saut.


Foule d’ombres danse en murs assiégés, s’étirant d’une rose à la robe évanouie.


Le menton se relève d’un sanglot, rejeté.

Avalant d’une langue à maudire le palais ce qu’il mord de dignité, cinglant l’éclat du soleil trop fier pour se lasser.
D’une manche humide qui se gorge de buée, il imagine un hublot sur le monde.

Et les ailes qui combattent le temps, essoufflées des assauts rafales, crient aux âmes migratoires.
Râle rouge efface d’un voile, le voyage du jour.

Paix

Elle a dansé l’aube mais l’aube ne chante, silence. Sur la ville, se lève en drapeau blanc.
Paix de ruines, cherche la vie en débris de sang. 

Catacombes humaines, les errances de chiens aux chemins noirs de plombs.

Un corps costume à la rue nue, suie de bois brûlés, flammes marécages aux pieds noyés de râles. Elle a dansé la paix dans l’aube abyssale.

Rire fou, s’élève en langue dragon guerrier, frappe un tambour de char. Elle retient le souffle, seul or de son hôte.
Les épaules se jouent ombres, à distance de vue, à retrait de sanglots.

Notes orients sur les ténèbres des cheveux noirs, à la volée d’un pas de trop. Elle danse à ne pas voir, d’une hanche qui cueille le jour, soleil cruel à observer sans mots.

Peau percée à l’os, trébuchant l’enfance qui supplie la mort, brûlant aux rayons glacés de feu.

*

*

Temps

Visage halé par la nuit, ombre la peau de plis, de creux auréoles autour des yeux. Une larme agresse la paupière qui se débat d’un cil chance.

Il ne veut plus de vœux, laissant les souhaits à un monde qui l’avale. Englouti d’une terre qu’il a déjà perdu.
Gestes rêches comme tissus griffent l’intime. Il se plie à fuir la douleur qui le garde en vie.

Le jardin s’étire, oasis de l’âme, assoiffée d’une sève laissée au désert.
Râle manteau, entoure le squelette fossile.

Mot qui grandit, courage résurrection, en gorge qui tente la noyade du son. Étouffant une toux, déchire les alvéoles qui déjà regrettent une tentative de souffle.
Doigts s’emmêlent en tour cou, s’étrangle d’un orgueil passage.


Rébellion de forces qui s’éloignent, il tend une main faucheuse de secondes.

D’une vie qui se compte en précipitations.

Lune

Les bras étirés en horizons, un souffle qui souffre d’un dernier , une note signée garçon.

Spirale d’esprit où glisse l’aiguille qui se plie, de gagner une heure. Invisible au coeur détaché, un rire rose déferlante, d’une dent nacre s’effrite.

Une ride craque et le temps se déchire.

Lèvres fendues embrassent la poussière qui danse en étoiles de jour. Il ne veut plus entendre, les tympans absents à l’amour.

Déjà il aspire à une autre chance de vivre, un espoir à délivrer.
Les poignets agrippés aux rideaux, terrorisent la lumière d’un voile suspendu.

Arrache la parure blanche qui le contemple, dénudant la lune pour la forcer au spectacle.

Absorbé par le noir qui fait de lui son allié, chassant le songe dont il se débat, refusant les rêves qu’il sait vivants.

Terrassé de l’air qui le nie et dont il se moque, à jurer le vent.

Les veines puériles, d’un bleu cerné de beige à briller au couteau.

L’absente

Le dos jeté en arrière. Comme s’ouvrent les ailes d’un cyclone fou.
Sa peau a touché le feu de la terre, guettant le bruit qui patientait de cogner le cou.
Elle n’a plus pensé à la mer, vague pays qui lui manquait, brisant le corps d’un air fier, éprise d’une proie que l’on ne peut libérer.

La gorge nouée d’un son qui se refuse à naître, les mains attendries de voir le ciel se lever, touchant la cuisse pour se sauver, mimant le cœur qui s’est éteint.

L’absente déjà, reine du temps, prenant place sur la marche de vie, piétinant l’âge qui se réduit, frôlant l’amour d’un râle lent.
L’absence, unique prétendant, un cri qui s’essouffle d’être déjà mort, un masque de théâtre qui se déchire, une paupière qui pleure le temps.

Du monde.

Elle s’est enfuie.

Asile

Une larme pluie coule des nuages asiles. Le soleil est au nord, kidnappé. La vie jaillit du sang qui s’évade des plaies. Des gouttes tachent la robe argent parée d’un souffle, creuse les fils blancs.
Elle aspire le silence abysse, voutée par l’amour qui ne la comprends pas.

Un pas pour défier le vide, fermant les yeux sur les rigoles de toits. 

Un éclair la poursuit en traversant le ciel, animant la peine d’un grand froid. La peau grelotte et serre, la poitrine d’un invisible drap de soie.
C’est un siège en guerre blonde, les cheveux bravant les habits déchirés d’effroi. La vue d’ici vibre et gronde, négligeant la forme qui ne convient pas.

Un ongle s’échappe au sol aérien, alarmant le corps qu’il doit céder.
Horizon en oeil or dessiné d’un khôl goudron, l’asile s’éloigne et elle dort, la belle dont j’ai perdu le nom.

*

Soul vibration

La plage s’éloigne

Se retire

Comme on ravale les mots impossibles à dire

Mangés par l’horizon
Le bleu figé de sel glaçon

La terre sombre

derrière une voile noire

Et s’enfuit l’océan paré d’ivoire

La plage s’éloigne

comme une mère meurt
laissant une main repliée

Cherchant partout à étouffer le coeur

en mal de sang

*