Il s’appelle Océan La terre il ne l’a jamais comprise Sa quête est d’embrasser le vent Guettant la frêle brise Qui fait valser les voiles d’argent
Il s’appelle Océan Repeuplant les mers de sentiments Un air fier à chasser le vent Les pommettes saignées de rides Craignant la terre comme on évite le vide Il a vendu son âme à l’Atlantique Un silence en perles coule sa peau Faisant de lui une bête d’eau Un monde de sel creuse son dos Les cicatrices s’enfoncent Un corps qui ne guérit jamais On le croirait paré de ronces La chair d’os à chercher le sens Jouant la mer pour dire l’absence Il crache l’amour qu’il tousse en quintes D’une vague creuse pour une étreinte Ouvrant la bouche pour qu’elle respire Des nuages s’élèvent lorsqu’il transpire
Délaissant la terre qu’il ne comprend pas Traversant le nord en quête du froid Il nage sa vie en monde sauvage Grognant la mer en son naufrage Brisant les glaces pour ne pas pleurer Il ne sait plus ni rire ni parler Aveuglé par la faim qu’il pense combattre Guettant le fantôme de ceux qu’il a aimé La bouche, prête à crier la mort « Aller! Viens me chercher! » Son souffle en sa poitrine dort Se refusant de s’expirer
Blessé par le coeur qui lui échappe Un pâle glacier en guise d’écharpe Les mains gelées chassent sa route L’éternité en seul doute…
Tu t’éloignes mais tu reviens D’une syllabe qui se chasse d’une main Un silence qui patiente Entre deux dents décollées Le bonheur est au bout de la langue Quand le palais claque d’un verbe décoré Sur la salive où voguent puis tanguent Un peu de rimes serbes Il est Venu de l’Est en étranger Le visage dessiné de rêves ravagés La fumée semble décorer d’un mégot Les narines chahutées de goudron Qui s’ouvrent mais se replient vers le front Où signe en gouttes le doute D’une sueur qui tâche l’écharpe en plis La gorge rattrape une déclaration sage Qui s’éloigne dans le grand Est sauvage
Assiégé de vagues tel un matelot Le regard au large, l’esprit au cap zéro Le mat qui se lève imite la force du poing Le coeur de grève irriguant chacune des mains La rébellion solaire qui tape les manilles Abreuve d’un air fier mes sèches narines L’âme s’habille de dentelles salées
La peau saigne des embruns qui me frappent Je tiens la barre mais déjà elle m’échappe Oh! Toi grand Dieu des mers! Viens me tuer de ta foudre colère! En tes entrailles à jamais et pour toujours Fusionné aux sables, mon grand amour
Je ne crains plus ta rage, ni les cris Le regard au large, défiant la noire nuit
Assiégé de vagues tel un matelot Le buste large, l’esprit au cap zéro Le vent arrache les mailles du manteau Une voile de laine sur le pont du bateau Horizons tempêtes La pluie me lave de tout Mes regrets de la terre dans ce monde de fous
Les nuages noirs recrachent les oiseaux Ils chutent vers le large pour des jours plus chauds A guetter les cigognes de bons présages Illuminant l’infini bleu du paysage
Assiégé de vagues tel un matelot Le coeur barge, l’esprit au cap zéro
Marins en vieille marine Les mains à gifler le vide Ils boivent à se gonfler la panse S’enlacent et songent à quitter la France
Ils rejettent leurs rages en héros D’autres abjects vous jurent des rots D’un râle ils s’éteignent dans les bas-fonds bistrots L’air tristement fier d’une ardoise endettée
Des poètes, des auteurs, des étrangers Des accents aigus en virgules étirées Des verbes tranchants ou des sonnets tendres La peau du visage est une croûte de mer
Tout le corps se dessine en cartes à compas « Ah qu’elle est belle ma patrie à moi ! » Ils tapent les chopes sur les genoux de bois Éclabousser d’un flop ! L’avant de leurs vieux bras
Un tatouage délavé se dévoile tendrement Le prénom effacé d’un amour d’antan Quelques roses pour le bouquet final Une douce prose en encre sale
Marins En marine qui s’effrite Les couverts trépignent dans le gîte Tous attendent la levée des vents Fuir ! Les fêtes de joies ! Ivres de solitudes des rois
Fous ! Un souffle soufre sur le foie À souffrir d’une romance qui ne vient plus Des baisers à jamais perdus Ils se soutiennent d’une accolade fripée Les épaules à soulever leurs pardons
« J’étais jeune et j’étais con ! »
Ils pleurent Ils rient Ils dansent sur les ports la nuit Ils crachent le vin sur leurs mégots Des mains rayées de sombres flots
Ils pleurent Ils prient Ils laissent dans les ports Des bouts de leurs vies