L’ours


Il s’appelle Océan

La terre il ne l’a jamais comprise
Sa quête est d’embrasser le vent
Guettant la frêle brise
Qui fait valser les voiles d’argent

Il s’appelle Océan
Repeuplant les mers de sentiments
Un air fier à chasser le vent
Les pommettes saignées de rides
Craignant la terre comme on évite le vide
Il a vendu son âme à l’Atlantique
Un silence en perles coule sa peau
Faisant de lui une bête d’eau
Un monde de sel creuse son dos
Les cicatrices s’enfoncent
Un corps qui ne guérit jamais
On le croirait paré de ronces
La chair d’os à chercher le sens
Jouant la mer pour dire l’absence
Il crache l’amour qu’il tousse en quintes
D’une vague creuse pour une étreinte
Ouvrant la bouche pour qu’elle respire
Des nuages s’élèvent lorsqu’il transpire

Délaissant la terre qu’il ne comprend pas
Traversant le nord en quête du froid
Il nage sa vie en monde sauvage
Grognant la mer en son naufrage
Brisant les glaces pour ne pas pleurer
Il ne sait plus ni rire ni parler
Aveuglé par la faim qu’il pense combattre
Guettant le fantôme de ceux qu’il a aimé
La bouche, prête à crier la mort
« Aller! Viens me chercher! »
Son souffle en sa poitrine dort
Se refusant de s’expirer

Blessé par le coeur qui lui échappe
Un pâle glacier en guise d’écharpe
Les mains gelées chassent sa route
L’éternité en seul doute…

*

A l’Est


Tu t’éloignes mais tu reviens
D’une syllabe qui se chasse d’une main
Un silence qui patiente
Entre deux dents décollées
Le bonheur est au bout de la langue
Quand le palais claque d’un verbe décoré
Sur la salive où voguent puis tanguent
Un peu de rimes serbes
Il est
Venu de l’Est en étranger
Le visage dessiné de rêves ravagés
La fumée semble décorer d’un mégot
Les narines chahutées de goudron
Qui s’ouvrent mais se replient vers le front
Où signe en gouttes le doute
D’une sueur qui tâche l’écharpe en plis
La gorge rattrape une déclaration sage
Qui s’éloigne dans le grand Est sauvage

Zéro

°

Assiégé de vagues tel un matelot
Le regard au large, l’esprit au cap zéro
Le mat qui se lève imite la force du poing
Le coeur de grève irriguant chacune des mains
La rébellion solaire qui tape les manilles
Abreuve d’un air fier mes sèches narines
L’âme s’habille de dentelles salées

La peau saigne des embruns qui me frappent
Je tiens la barre mais déjà elle m’échappe
Oh! Toi grand Dieu des mers!
Viens me tuer de ta foudre colère!
En tes entrailles à jamais et pour toujours
Fusionné aux sables, mon grand amour

Je ne crains plus ta rage, ni les cris
Le regard au large, défiant la noire nuit

Assiégé de vagues tel un matelot
Le buste large, l’esprit au cap zéro
Le vent arrache les mailles du manteau
Une voile de laine sur le pont du bateau
Horizons tempêtes
La pluie me lave de tout
Mes regrets de la terre dans ce monde de fous

Les nuages noirs recrachent les oiseaux
Ils chutent vers le large pour des jours plus chauds
A guetter les cigognes de bons présages
Illuminant l’infini bleu du paysage

Assiégé de vagues tel un matelot
Le coeur barge, l’esprit au cap zéro

°

Phare

*

Marins en vieille marine
Les mains à gifler le vide
Ils boivent à se gonfler la panse
S’enlacent et songent à quitter la France

Ils rejettent leurs rages en héros
D’autres abjects vous jurent des rots
D’un râle ils s’éteignent dans les bas-fonds bistrots
L’air tristement fier d’une ardoise endettée

Des poètes, des auteurs, des étrangers
Des accents aigus en virgules étirées
Des verbes tranchants ou des sonnets tendres
La peau du visage est une croûte de mer

Tout le corps se dessine en cartes à compas
« Ah qu’elle est belle ma patrie à moi ! »
Ils tapent les chopes sur les genoux de bois
Éclabousser d’un flop ! L’avant de leurs vieux bras

Un tatouage délavé se dévoile tendrement
Le prénom effacé d’un amour d’antan
Quelques roses pour le bouquet final
Une douce prose en encre sale

Marins
En marine qui s’effrite
Les couverts trépignent dans le gîte
Tous attendent la levée des vents
Fuir ! Les fêtes de joies ! 
Ivres de solitudes des rois

Fous ! Un souffle soufre sur le foie
À souffrir d’une romance qui ne vient plus
Des baisers à jamais perdus
Ils se soutiennent d’une accolade fripée
Les épaules à soulever leurs pardons

« J’étais jeune et j’étais con ! » 

Ils pleurent
Ils rient
Ils dansent sur les ports la nuit
Ils crachent le vin sur leurs mégots
Des mains rayées de sombres flots 

Ils pleurent
Ils prient
Ils laissent dans les ports
Des bouts de leurs vies

*

*

Neige

*

*

Elle dévale les plus hauts monts

Parée de neige agricole

Où la glace en seule récolte

Mouille tout lentement le front

*

Elle s’étend en large tempête

Les vents de flocons voilent la tête

Elle ouvre son buste pour résister

D’un souffle lent, elle crache la marée

*

Chaque pas est une lutte blanche

Dans les vagues d’arbres qui ploient

Sur sa hanche la pluie qui se cambre

Les paupières se ferment de froid

*

Horizon de nacre,

les montagnes sont silencieuses

Elles hérissent un poil frissonnant

La plaine s’habille de poudreuse

Ses pas s’effacent avec le vent

*

Reine du Nord où craque la peau

Devenue plaie qui crispe la chair

Devenue sang qui fige le rire

Devenue cri dans le grand Vide

*

Une étoile tombe d’un ciel sans fin

Guide sa route en signature ailée

Le ciel s’éloigne pour toujours se courber

*

Elle neige