Corbeau

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Une vie, du corps s’éloigne
Une autre lentement atterrit
L’âme, au sol se cramponne
Mais il paraît que « c’est ça la vie » 

Les fleurs sont arrachées pour des bouquets
Ornants les tables endeuillées où des napperons blancs
servent de mouchoirs
Pour les femmes dont les joues trempées
sont fardées de noir

Un être s’est éloigné
Comme on quitte un rivage à bord d’un voilier

Il paraît que « c’est ça la vie »
On nait et c’est déjà fini
Son âme s’envole vers les poumons du ciel

Il est devenu un corbeau
Un être qui connaît les secrets d’en haut
Un oiseau malheur
Noir comme une nuit sans fin
Un rideau se lève lorsqu’il s’envole au loin
Terrassé du monde qu’il ne comprenait plus
Il s’est dit qu’au fond, il avait tout vu

Il est devenu un corbeau
Un magicien noir terriblement beau
Ses yeux bleus habillés d’ombres grises
La flamme s’éloigne et s’amenuise

Des ailes en parasols contre le jour
Des ombrelles où sont cachés des mots d’amour
Il vole de toits en jardins
Cherchant à réchauffer le cœur des siens
Ceux qu’on laisse comme de pauvres chiens
errants
Le corps tremblant et sifflant
Attendant patiemment le retour du maître

Il est devenu un corbeau
Son corps bleu parti trop tôt
Des lèvres fermées pour toujours
La vie il en avait fait le tour

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