Bleu

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Bleu

Comme s’ouvrent les yeux
Sur le monde
Au matin,
le ciel assombri de mémoires de lune
Chevauchant les montagnes où le sommet, triomphant
Jaillit aux promesses du soleil argent 

Bleu

La sueur sur le visage
Irriguant le voyage
De tes iris

Chute abyssale dans les catacombes
Des pupilles noires et fières
Le bassin se tourne

Tombe

Sur le sol, noyé à la terre

En piano sonnent les côtes immergées
La silhouette d’ombre dessinée
Se jette sur le mur en haïkus

Bleu

Sont les draps qui font des plis
Des cris qui froissent la couleur
Aux froides insomnies

Deviner sa peau qui pleure

*

Etoile de mai

Sur le sol à s’étouffer de graviers
Danse la terre en feuilles séchées
Amenées par les tempêtes de rages
Piétinées par nos pas hâtés
Des natures mortes soufflent le paysage
Il n’y a plus rien de l’été

C’est une étoile qui naît
À éclore comme une fleur de mai

A l’aube le silence s’ouvre en becs charognes
Des ailes closes pour se protéger
Quelques envolées dessinent des auréoles
Au chaud, je voudrais te garder

Le soleil est aussi blanc que le givre
Une couronne en stalactites

La terre est toute trempée, elle boit le monde
Accueillant nos mémoires humides déversées
Sur ton visage, roule une larme ronde
Bijou éphémère à ta beauté

C’est une étoile qui naît
À éclore comme une fleur de mai

Les coquillages crient sous les souliers
Le sable habille les joues de gouttes de soie
Des taches de rousseur dispersées
Un mirage semble se dresser
La mer furieuse submerge les semelles
Elle étend ses bras comme si elle portait le ciel

C’est une étoile qui naît
À éclore comme une fleur de mai

Des rayons timides veulent toucher le Monde
Une danse céleste débute sa ronde…

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* * *

Cristaux

°

°

Elle a le coeur en sanglots
La bouche déchirée de rires
Comme si la terre était toute fendue
A force de crier le mal de vivre
Devenue pâle tel un flocon de givre
L’automne s’écoule en torrents de larmes
Dépouillant les arbres de toute vie
Il ne reste qu’un peu de branches de charme
Des bourgeons au chaud dans le nid

Elle a le coeur en sanglots
D’un tapis de feuilles à se couvrir
La peau fait des fossettes soupirs
Le tonnerre lui creuse des rides
Les épaules sont un ciel de frissons
Déjà la lune s’éloigne à l’horizon

Le soleil est un souvenir

Sur le coeur en mal d’été
La saison des pluies s’est avancée
Les pieds trempés d’herbes hautes
A traverser la boue comme des mers noires
Le bateau est un corps qui sursaute
Des voiles coiffées de cheveux roux
Adossée à la marée haute
D’un dos qui se courbe de grêle
Elle prend dans ses mains des fleurs fanées
Les pétales dispersés un peu partout

Le soleil est un souvenir

L’hiver semble s’élancer à grands pas
Des chemins jonchés de graviers étourdis
Les semelles sont marquées de quelques trous
Comme des cicatrices
Le soleil, de loin, semble un peu flou
Un nuage ne veut plus le laisser briller
Elle songe qu’il s’est lassé de nous
Il est resté à la saison d’été

Elle a le coeur en sanglots
Le ciel pleure des trombes d’eau

°

°

Horla

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Pétrifié dans la chambre à chercher le Horla
Le corps alourdi d’un songe trouble et amer
J’essaie de taire les épaisses paupières
Une flamme s’élève en seule lumière
Le voile se déchire et s’en va

Le coeur voûté, courbé à enlacer la terre
J’invoque l’esprit d’une âme guerrière
Cherchant des bras amis pour me chérir
Fuyant la nuit qui ne dort pas

Apeuré dans le noir à battre le Horla
La musique naît d’un battement de doigt
L’attente est un son qui ne trompe pas
La flamme timide me fait songer à toi

La rage au repos il ne reste qu’une bête
De muscles et de peau, où trône une tête
L’ombre est un loup qui rugit en silence
De gouffre et de crocs en folle cadence

L’invisible épouvante née des nocturnes
Sur le piano dénotent des aigus
La partition s’étouffe sous la plume

Le Horla
M’est enfin apparu

*

Eclipse


Air polaire dans mon cœur
De glace
Si je n’avais qu’une place
Elle serait pour toi

Les nuages ont figé
Sont devenus la glace
Et la neige a fondu
Pour pleurer sur moi

Si je n’avais qu’une place

Elle serait pour toi

J’avance en blanc visage
Dans mon froid voyage
Je croise des avalanches
C’est en dessous de zéro

Le corps est en morceaux
Je ne sens ni les doigts
Ni la peau

Je ne sens que le cœur
Et le cœur est glacé
Si je n’avais qu’une place
Je te l’aurais laissé

J’ai demandé ma route aux esprits
Ou les Rois Mages

Mais les images nées de mes visions
N’ont reflété que ton nom

L’air est gelé
Tel un sentier du Nord
 

Eclipse lunaire


On ne voit plus vraiment

Tous les versants de la Terre

*

Poésies du coeur ICI

Silence

Elle est venue dans un silence
Comme la nuit nous enlace
Un rêve qui prédit l’absence
Une nuit qui ne s’éveille pas
La silhouette de ses hanches
Projetée sur les voiles volants
Aux carreaux battus par le vent
Dans un sursaut, m’a secoué

Elle est venue dans un silence
Comme si l’absence avait un goût
Une saveur amère et dense
Sentir la pâleur de son cou
En pauvre fou des avalanches
Dévalant mes draps de coton
Pensant atteindre la lèvre ou le menton
Y déposer un geste tendre
Sur son visage,
lorsqu’elle se cambre

Elle est venue dans un silence
J’ai appris à goûter la pluie
Pensant qu’à chaque goutte qui danse
Je rêverais la belle de nuit
Sur le toit de tôle où riment les orages
Je l’imagine taper des pieds
Comme lorsqu’elle danse en nage
D’un rythme qu’elle peine à respirer

Elle est venue dans un silence
Une main tremblante, pour l’approcher
Le visage maquillé de cendres
Mimant la nuit, d’un noir de jais

*

Sofa

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Tiraillé par un mal qui me ronge
Le corps noirci, la peau qui le démange
Les enfants me répètent « il faut que tu manges »
Par la fenêtre,
je vois s’enfuir la vie

Je sais il est l’heure,
déjà le chat témoigne le passage
Un fantôme ondulant le paysage
Mon ainée chuchote qu’elle sent venir la fin
Croyant, que presque mort,
je n’entende quasiment rien

Le souffle court, s’épuise à petit pas
Ces espaces endoloris que je marche péniblement
De la chambre au sofa, où gisent les tourments
Le miroir me chahute à chaque rencontre
Je croise un reflet qui parfois me fait honte

Tiraillé par un mal qui me gronde
J’essaie de venir à bout de ma ronde
J’aimerais qu’elle m’emporte, mais déjà elle s’en va
La lune me surveille, le soleil ne vient pas

Tous ils se taisent, ils attendent que je dorme
Ce qui me reste de vie semble être celle d’un enfant
Cloisonné dans une chambre où le lit devenu grand
Le corps si petit, le geste adolescent

Ma fille me supplie de lui dire que je pars
Je semble isolé en un orgueilleux rempart
Refusant d’admettre ce qui se dresse devant moi
Éloignant de mon être, celle que l’on voudrait garder pour soi

Aux portes du chaos que j’ai si souvent moqué
Le dos voûté d’un fardeau que je cesse de porter
Le soleil s’est levé,
la lune est remplacée.

*

*

A mon père

Indigo

Des années, ton souffle m’appelle
Condamné, qui chaque jour, répond à l’appel
De violents orages ont bafoué mon nom
J’avance le coeur nage, l’esprit au bataillon
Les barreaux me scient les poumons
Dents balafrées et mots d’amour
Je me souviens, si bon de te connaître un jour

Des années que ton souffle m’appelle
Les couloirs, je traverse en rythmes querelles
La mort me semble presque être belle
De violents orages ont secoué mon coeur
Le corps devenu sage, s’en est allée la peur
Les barreaux d’une cellule où je m’efface
Egaré en un cachot de glace,

Des années que ton souffle m’appelle
Un condamné qui chaque jour fantasme sa belle
Des nuits où je m’écorche à te crier
Ton nom que je répète! Ne jamais oublier
Au travers des judas, guette le jardin
Le chêne de saison rythme le refrain
Je me surprends à envier les feuilles mortes
Songeant même à me trancher l’aorte
Aveuglé  de chagrin

Des années que ton souffle m’appelle
Un condamné, chaque jour, purge sa peine
Les couloirs défilent sous nos pieds assoiffés
Les murs sont décrépits,
j’arrache la peinture avec les doigts
Déchirant les fresques à chaque fois

Ongles ornés violet

La couleur de ton corps au mois de mai

Régate

*

Les bateaux reviennent des vagues
Heureux d’avoir brisé la houle
La voile, dans une danse tribale
Se rebelle et refuse de se replier
Elle est belle ainsi dévoilée

Ils disent le Soleil d’un sourire béat
Comme si l’océan les avaient kidnappés
Ivres de sel qui sur les lèvres s’est figé
Parant les dents de diamants éphémères
Qu’importe les langues, ils sifflent la Mer

Fiers et fiévreux, les écharpes battent le vent
Ils se rejoignent sur le voilier le plus large et le plus grand
Tous, dévorent les histoires des plus sauvages
Ceux qui déclament le premier rang!
Puis ils consolent les plus sages,
ceux que l’on nomme perdants

Assoiffés, comme lorsque l’on traverse le désert
Pour parcourir l’oasis que l’on ne peut embrasser
Ils s’abreuvent de quelques gorgées de bières
Pour aussitôt, dans un rire fou les recracher
En pointillés, en touches de lumières
Quelques femmes s’efforcent d’exister
C’est qu’il est rare qu’elles prennent la Mer!
Pour elles, c’est une question de dignité…

D’un cri, le plus farouche donne le ton!
Il semble que le diner soit déjà servi!
Des coquilles et de gros morceaux de thons
Sur le buffet, éveillent les papilles endormies

Les drapeaux se tordent de mille plis
On dirait qu’ils sont pliés de joie
Sous les coques de vieux bois vernis
L’eau scintille comme un drap de soie


Babel

Il se fait rare les nuits où l’on éprouve la paix
Sous les arbres fruitiers vos yeux en humide regret
J’ai parcouru des routes sèches où seule l’âme brille
Espérant vos murmures en invisible guide

A vos jupons, où je m’éteins dans un immortel souffle
Je lance quelques jurons à la terre où le corps s’engouffre
Les râles qui remplacent mes vers, de boue piétinés
Encerclent votre teint pâle où, auréole, ma triste destinée

Je songe à ces années où s’en est allé le temps
Partout des armes à faire crier le sang !
L’amour était un rêve, où la sagesse craint de renoncer
La ville était une guerre où je me suis égaré

Mais votre bouche m’a secourue tant de fois
Je crus mourir ! Me voilà rattrapé par une profonde foi !
Les bras assoiffés de ne plus sentir les ailes
D’un ciel aux nuages décharnés où chante querelle

J’eus le coeur violé par les pas d’un orgueilleux rivale
Certains instants j’ai songé m’enfuir en une lâche cavale
Pris d’un ardent courage je revenais au front
Pleurant les ravages d’un défunt bataillon

Les amitiés sont toutes mortes, laissées à la mémoire
Des lettres déchirées, où personne ne pourra plus jamais voir
Une encre sombre à se blesser de crevasses noires
Il est des matins où s’échappent, telles des miettes de pain rassis
Tout espoir de revoir ma belle cité engloutie

La nuque fine chevauchant vos épaules étroites
Gravée dans les poumons pour rendre la mort plus douce
Le souvenir de vos mains délicatement moites
Combien de fois, Oh! Je rêvais votre jeune frimousse!
D’un geste furieux je m’éveillais en sanglots
Le ciel était sombre, une pluie rouge en triste halo…