Il se fait rare les nuits où l’on éprouve la paix
Sous les arbres fruitiers vos yeux en humide regret
J’ai parcouru des routes sèches où seule l’âme brille
Espérant vos murmures en invisible guide
A vos jupons, où je m’éteins dans un immortel souffle
Je lance quelques jurons à la terre où le corps s’engouffre
Les râles qui remplacent mes vers, de boue piétinés
Encerclent votre teint pâle où, auréole, ma triste destinée
Je songe à ces années où s’en est allé le temps
Partout des armes à faire crier le sang !
L’amour était un rêve, où la sagesse craint de renoncer
La ville était une guerre où je me suis égaré
Mais votre bouche m’a secourue tant de fois
Je crus mourir ! Me voilà rattrapé par une profonde foi !
Les bras assoiffés de ne plus sentir les ailes
D’un ciel aux nuages décharnés où chante querelle
J’eus le coeur violé par les pas d’un orgueilleux rivale
Certains instants j’ai songé m’enfuir en une lâche cavale
Pris d’un ardent courage je revenais au front
Pleurant les ravages d’un défunt bataillon
Les amitiés sont toutes mortes, laissées à la mémoire
Des lettres déchirées, où personne ne pourra plus jamais voir
Une encre sombre à se blesser de crevasses noires
Il est des matins où s’échappent, telles des miettes de pain rassis
Tout espoir de revoir ma belle cité engloutie
La nuque fine chevauchant vos épaules étroites
Gravée dans les poumons pour rendre la mort plus douce
Le souvenir de vos mains délicatement moites
Combien de fois, Oh! Je rêvais votre jeune frimousse!
D’un geste furieux je m’éveillais en sanglots
Le ciel était sombre, une pluie rouge en triste halo…